CRACOVIE
Nous sommes début juin 2004, et nous descendons cette année dans le Sud de la Pologne, visiter la capitale historique : Cracovie ou Krakow (soit 300 km depuis Varsovie).
Nous roulons sur la nationale à double voie, gondolée (vivement les finances de l'Europe !), le long de laquelle défilent des vastes plaines, auxquelles succèdent des forêts de sapins. C'est désespérément plat. De temps en temps, un passage piétons, ou une petite route de campagne, surgissent de nulle part, jusque pour rappeler aux conducteurs qu'ils ne sont pas sur l'autoroute. C'est de tout de même hyper très dangereux !
En début d'après-midi, nous arrivons enfin à l'entrée de Cracovie. Nous allons tout d'abord déposer nos bagages à notre " Bed and breakfast ". Nous laissons ensuite la voiture pour prendre un tramway et rejoindre ainsi le centre ville. Au premier abord la ville apparaît plus " ancienne " que Varsovie. D'ailleurs, ce qui est amusant, c'est lorsque les polonais vous demandent si vous avez préféré Cracovie ou Varsovie. La réponse implicitement attendue est Cracovie. Pour eux, c'est la plus belle ville de Pologne. Il est vrai que c'est une des rares villes ayant échappé à la destruction (mais pas au pillage) de la seconde guerre mondiale.
Nous descendons à l'arrêt situé juste avant la vieille ville, pour la pause déjeuner. L'estomac gargouille déjà depuis un moment. Cette année, nous avons droit à trois repas par jour. Un miracle ! Il est vrai qu'après notre dernier séjour nous avons tellement dit avoir eu faim en Pologne qu'Olivier a dû avoir un peu honte ! Ce jour là, il nous fait connaître un restaurant typique : Ogniem i Mieczem. Nous avons l'impression d'entrer dans une cabane de trappeurs canadiens. Tout est en bois, il y a des peaux d'ours au mur, les serveurs portent des tenues traditionnelles, c'est tout un univers. Olivier nous prévient : il ne faut par avoir les yeux plus gros que le ventre, ici les portions sont gargantuesques. La table d'à côté est très animée, mais bon, vu le nombre de chopes de bière maxi format sur la table, pas étonnant !
Université
Une fois rassasiés nous traversons la Vistule, et face à nous, perché sur sa colline, se dresse le Château de Wawel. Mais ce sera pour plus tard. Nous préférons pour l'instant nous diriger vers la vieille ville. Il y a un monde fou ! C'est vrai que nous sommes dimanche et que le soleil est au rendez-vous. Nous empruntons la rue principale nommée Grodzka qui remonte vers la place du marché (c'est un fragment de la voie Royale, une des plus anciennes de Cracovie). Sur le chemin, c'est une alternance d'églises, de collégium (universités) et de boutiques marchandes de toutes sortes.
Eglise Saint-Pierre et Saint-Paul
Eglise Saint-André
Place du marché, Tour de l'Hôtel de Ville
La Place du Marché, avec à son entrée les fameuses calèches cracoviennes qui attendent les touristes, est considérée comme une des plus grandes places d'Europe médiévale. Il faut imaginer un carré de 200 mètres de côté. Elle est entourée de palais aux façades multicolores, aux pieds desquels s'étendent les terrasses des cafés et restaurants. En son centre se trouve la tour de l'Hôtel de ville (une sorte de campanile), la Halle aux Draps avec ses boutiques souvenirs à l'intérieur, et ses salons de thé sous ses arcades extérieures, où d'ailleurs nous décidons de nous accorder une petite pause.
La Halle aux Draps
La Halle aux Draps
Arcades Halle aux draps
Eglise Notre-Dame
En attendant que mon thé refroidisse, je contemple face à moi l'Eglise Notre-Dame. Elle a la particularité de posséder une tour plus grande que l'autre (81 mètres contre 69). La légende dit qu'un des deux frères bâtisseurs n'hésita pas à tuer son frère pour être celui qui ferait la plus haute tour (sympa !). C'est de cette tour que, toutes les heures, retentit une sonnerie de trompette, symbole musical de la ville qui se dit le "Hejnal". Elle est également reprise à la radio nationale à midi. La légende parle d'un gardien, positionné dans cette tour, qui était en train de sonner l'alarme, lorsque une flèche tatare le tua. C'est pourquoi la mélodie s'arrête brusquement au milieu de la mesure.
La porte Saint-Florian
Allez ! Nous continuons la balade... Nous empruntons maintenant la rue Florianska qui débouche sur la Porte Florian et la Barbacane, seuls vestiges des fortifications qui entouraient la vieille ville. Les quelques mètres de la muraille restante servent dorénavant de galerie de peinture aux artistes locaux. C'est assez déroutant ! La muraille a été remplacée par des "Planty", des jardins avec une large allée entourée d'arbres et de pelouses, avec tout au long des bancs. C'est très agréable.
Après notre petit tour nous nous retrouvons à nouveau sous la colline de Wawel. Le château fut pendant des siècles la résidence des rois polonais. En ses murs est implantée la Cathédrale. L'entrée du château est gardée par la statue de Tadeusz Kosciuszko sur son cheval. Au-dessus de nous se trouvent les Tours de l'Horloge et de Sigismond. Dans cette dernière se trouve la plus grande cloche de Pologne, 11 tonnes, 2 mètres de diamètre. Le Palais Royal est actuellement conservé sous sa forme " renaissance ", avec une cour et une succession de galeries à colonnes et arcades. Les vestiges des périodes romanes et gothiques du palais se visitent, mais il faut descendre sous les structures. En cette fin d'après-midi nous avons la chance d'avoir la cour du palais pour nous seuls. Ce ne sera pas le cas les jours suivants.
Rampe accès au château de Wawel
Tour Sigismond
La Cloche Sigismond
La porte principale du château
Lundi matin, nous voilà au guichet d'entrée du château. La bonne nouvelle, c'est que le lundi c'est tarif réduit, mais tout n'est pas ouvert (notamment le palais royal). Nous allons donc effectuer la visite sur deux jours. Les visites sont très organisées. Le ticket indique pour chaque lieu l'heure à laquelle il faut se présenter. A priori c'est pour limiter le nombre de visiteurs. Et la mauvaise nouvelle... c'est que nous allons vite découvrir que c'est la période des visites de fin d'année des écoles. Une véritable invasion d'enfants !
Pour visiter la cathédrale, il faut passer à la caisse auprès du clergé (chacun son business !). La cathédrale est la plus importante de Pologne. Elle a vu le couronnement des premiers rois polonais. Nous descendons dans une crypte où se trouvent les tombeaux et sarcophages des grands rois polonais, de grands poètes. Mais le clou de la visite c'est la montée dans la tour Sigismond. Après avoir monté les escaliers, s'être glissé entre les poutres (cela sélectionne les visiteurs, chose non précisée à l'achat du billet), nous pouvons enfin admirer la cloche. Elle est énorme. Je pense que 15 personnes pourraient s'y glisser. Allez pour la postérité, une photo souvenir avec la main sur la cloche et le petit voeu traditionnel. Le panorama sur la vieille ville en forme de damier vaut vraiment le coup d'oeil. Mis à part le clocher, je suis déçue par la visite. Olivier, lui, préfère l'extérieur de la cathédrale. Il fait une fixation sur les gargouilles.
La Cathédrale royale du Wawel
La Cathédrale royale du Wawel
Le parc de Wawel
Clochers de la Cathédrale royale du Wawel
Dômes de la Cathédrale royale du Wawel
Gargouilles de la Cathédrale royale du Wawel
C'est l'heure de retrouver Justyna, pour la pause déjeuner. Cette fois-ci la soupe nous est servie dans des miches de pain desquelles la mie a été enlevée. Affamés, Olivier et Jérôme dévorent leur assiette. Voilà un restaurant qui a trouvé le moyen de s'épargner la plonge !
En ce début d'après midi, nous quittons Cracovie pour découvrir, après environ 15 km, la mine de sel de Wieliczka. Evidemment, nos chers groupes scolaires nous y ont précédé. C'est limite de la persécution ! Nous entrons dans un ensemble de bâtiments industriels entourés d'un parc. La mine, c'est pour dessous, il paraît ! Cette mine fonctionne depuis plus de 700 ans, elle est classée depuis 1978 sur la liste mondiale du patrimoine culturel et naturel de l'UNESCO. Et nous, simples touristes, nous allons pouvoir en découvrir une minime partie, par une visite d'environ 2 heures, avec un accès aux trois premiers niveaux, c'est-à-dire de - 64 mètres à - 135 mètres, sur les 19 existants.
Il faut la mériter cette visite, et il va falloir attendre, et encore attendre ! Et oui, nous sommes des touristes dits " individuels " ! Il faut donc être en nombre suffisant pour qu'un guide nous prenne en charge, et encore nous avons pris le guide en langue polonaise ! Donc patience, et encore patience ! Bon, en attendant je feuillette mon petit guide français, et je découvre la légende qui raconte la découverte du sel vert. Au 13ème siècle, Kinga, la fille du roi hongrois, jeta sa bague de fiançailles dans le puits de la mine de sel de Mananias. Cette dernière fut transportée avec le gisement à Wieliczka. La Princesse indiqua où creuser, les mineurs trouvèrent ainsi le sel et la bague. Depuis, Kinga est la patronne des mineurs de sel. C'est une jolie histoire, non ?
Enfin, au bout de ¾ heures, la visite peut commencer. Et là, surprise ! Notre guide descend les escaliers en bois (il faut descendre au premier niveau, soit à - 64 mètres), en courant. Un fou ! La mise en jambes est terrible. Nous essayons tant bien que mal de le suivre. Résultat : au bas des escaliers, un guide avec un gros sourire (il est content de lui, c'est sûr) et huit pauvres touristes, à la fois complètement essoufflés et morts de rire. Et les 30 autres, vous allez me dire ! Il a fallu les attendre... un certain temps.
La chapelle bienheureuse Kinga
Enfin réuni le groupe emprunte une galerie pour arriver à la première chambre érigée en l'honneur de Nicolas Copernic (eh oui ! encore lui). Les galeries relient des chambres creusées dans le sel et soutenues par des poutres en bois. Ce dernier est préservé par le sel qui l'imprègne. Les chambres sont entièrement sculptées pour représenter des scènes évoquant les méthodes de travail de la mine, les croyances des mineurs, et pour rendre honneur à des personnages polonais célèbres. J'avoue que c'est un vrai labyrinthe. Et chose bizarre, le guide nous autorise à lécher les parois ! Vous avez bien lu. Je ne suis pas allée jusque là, mais en passant un doigt mouillé dessus, il n' y a pas de doute : c'est du sel. D'ailleurs, au bout de quelques minutes dans la mine, le nez et la gorge picotent. Il paraît que c'est très bon pour soigner les allergies respiratoires. Le guide nous explique que le 4ème niveau a d'ailleurs été transformé en sanatorium d'allergologue. En tout cas nous n'avons pas croisé, au hasard des galeries, de curistes en peignoirs blancs !
Sans en avoir en l'air, avec les escaliers, les galeries légèrement pentues, nous commençons à bien descendre. Nous arrivons à la plus impressionnante des chambres (à - 101 mètres) : la chapelle de la bienheureuse Kinga (soit 54 mètres de longueur, 15 mètres de largeur, 12 mètres de hauteur). On se croirait dans une cathédrale illuminée par de vrais lustres en cristal. Les fresques murales, les escaliers, l'autel, les dalles du plancher, tout est sculpté dans le sel. C'est dément ! Ah ! j'ai oublié de préciser : ce n'est pas la peine d'essayer de filmer ou de prendre des photos, c'est trop sombre et le sel risque d'abîmer les appareils. Il y a d'autres chambres, avec des lacs souterrains, des énormes enchevêtrements de poutres qui soutiennent les plafonds, des parois de 15 à 20 mètres de hauteur. Impressionnant ! La remontée vers la surface est tout aussi surprenante que la descente. Heureusement, je n'étais pas prévenue. La remontée est très, rapide... 4 mètres à la seconde... mais sans effort, cette fois-ci. Vous voyez ? Eh oui, un ascenseur à 4 étages, et pour mettre un peu d'ambiance c'est dans le noir total, en compagnie d'une bande de gamins hurlants. Effet garanti !
De retour à Cracovie, nous déambulons dans la vieille ville, passons la tête aux portes des églises ou dans des endroits plus insolites comme le Collégium Maius. J'ai l'impression de me trouver devant une carte postale " romantique " : une cour avec des arcades, en son centre un puits sur lequel est appuyé un vieux vélo ! Mais cet édifice est avant tout un lieu de savoir, puisqu'il fait partie de l'université Jagellonne, fondée la première fois par Casimir le Grand en 1364 puis par Lasdislas II Jallonne. Y étaient enseignées l'astronomie, la théologie, les sciences... à des étudiants tels que Nicolas Copernic, Jean-Paul II...
La statue de Nicolas Copernic
Le collegium Maius
Le collegium Maius
Finalement la soirée se termine sur la place du marché, à la terrasse d'un café, devant une glace, avec en toile de fond des monuments mis en valeur par l'éclairage nocturne. J'ai bien essayé le mode " nuit " de mon nouvel appareil photo numérique, mais ce n'est pas très concluant, vous pouvez juger par vous-même...
La tour de l'hôtel de Ville de nuit
Eglise Saint-Pierre et Saint-Paul de nuit
Nous consacrons notre dernière matinée à Cracovie à la visite des appartements royaux (version polonaise, traduite en français par mon frère). Le palais dispose d'une grande collection de tapisseries murales du 16ème siècle et de fours en céramique du 18ème siècle (c'est très beau). Personnellement, j'ai bien aimé le plafond de la Salle de l'Audience dit "sous les têtes" : des têtes polychromes en bois dans des caissons rectangulaires. C'est très original. Sinon, pour les amateurs, il y a l'Armurerie avec les canons, épées, armures...
Les appartements royaux
Cour du Château de Wawel
Les appartements royaux
La visite finie, nous traversons le jardin en direction du Beffroi les Voleurs. Nous arrivons ainsi aux fortifications qui donnent sur la Vistule et la ville moderne de Cracovie.
Le parc et le Beffroi les Voleurs
Le Beffroi les Voleurs
Et là, c'est le moment où Olivier vous annonce que nous allons descendre dans la caverne du Dragon... Le clou de la visite, paraît-il !
Une fois l'escalier en colimaçon descendu, nous pénétrons dans une grotte à peine éclairée. Il y a des fragments d'os ! Mais c'est en sortant que nous nous retrouvons face au Dragon. Rassurez-vous, ce n'est plus qu'une statue !
Le dragon de Wawel
L'autre rampe d'accès au château
En effet, la légende populaire raconte l'histoire d'un Dragon qui vivait dans une grotte sous Wawel. Il était très friand de jeunes filles. Mais là, il réclamait Wanda, la fille du roi. Un jeune cordonnier eut alors, l'idée de lui offrir un plat spécial : une peau de bélier remplie de souffre et de goudron. Le Dragon, gourmand, accepta. Soudain, il sentit le feu dans ses entrailles. Alors il se mit à boire l'eau de la Vistule et finit par éclater en morceaux.
C'est sur cette triste fin qu'il nous faut quitter la merveilleuse Cracovie et revenir à Varsovie.
Et voilà, c'est fini ! Les vacances passent toujours trop vite, il est temps de rentrer en France. J'espère que ce voyage vous aura plu et vous donnera peut-être l'envie de visiter la Pologne...
Cracovie, la visite continue ...
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